Il fait partie de nos artistes les plus discrets. Et pourtant, Louis Chédid est extrêmement présent dans le paysage musical français : de Ainsi soit-il au Cha-cha de l’insécurité, en passant par T’as beau pas être beau, Anne ma sœur Anne ou Ces mots sont pour toi, la plupart de ses chansons font partie de notre patrimoine. Fils de l’écrivain Andrée Chédid et père du non moins célèbre M (Mathieu Chédid), Louis s’épanouit parfaitement entre l’intimité de l’écriture et l’exposition médiatique de la musique. Un savant équilibre qui ressemble à la sagesse.
C’est le cinéma qui va tout d’abord captiver son attention. Le bac en poche en 1968, et malgré ses premiers essais musicaux dans des groupes de copains, Louis quitte Paris pour la Belgique, Bruxelles, et intègre pendant deux ans une école de cinéma. Il en sort monteur et rejoint Paris où il travaille pour la firme Gaumont. Mais à vingt-deux ans, jeune papa d’Emilie puis de Mathieu (en décembre 1972), il retrouve ses premières amours et écrit quelques chansons qu’il enregistre sur un vieux magnéto. François Bernheim, de la firme Barclay, est de suite séduit par ses chansons drôles et inattendues. Il lui permet d’enregistrer son premier album Balbutiements en 1973, puis dès 1974, un double album porté par le titre phare Nous sommes des clowns. Ce morceau résume la philosophie de Chédid : l’ironie amère sur notre condition humaine et la lutte contre les inégalités sociales. Un coup de canif aux conventions, avec un large sourire pour accompagner la morale de ses chansons.
Mais le succès n’est pas encore au rendez-vous. Pour nourrir sa famille, Louis compose de nombreuses musiques de pubs. Il faut attendre 1977 pour que le chanteur fasse la première partie de Nicole Croisille à l’Olympia, et l’année suivante pour qu’il s’impose avec son tube T’as beau pas être beau. D’années en années, Chédid peaufine son style comico-social : Egomane, Cocôtiers-bananiers, et surtout Ainsi soit-il cartonnent dans tous les hits-parades. Puis Anne ma sœur Anne ou Le cha-cha de l’insécurité mettent en valeur la qualité d’écriture du chanteur. Des textes dans lesquels il dénonce l’injustice, la violence ou la pauvreté, avec une pointe d’ironie amère. Un style très proche finalement d’un Souchon, pour lequel Chédid co-écrit Banale song et trois autres titres en 1986. Côté cœur, l’artiste agrandit sa famille puisque naissent en 86 et 87 Joseph et Anna, ses deux derniers enfants. A un rythme très régulier, Chédid construit son œuvre, sans trahir ses convictions ni ses émotions (Bizar, Zap-Zap, Ces mots sont pour toi, Répondez-moi …). Etrangement, et ce malgré la reconnaissance du public et de la profession, l’artiste a tendance peu à peu à s’éloigner des médias. La quarantaine passée, il traverse une période qu’il qualifie lui-même de difficile et sombre. Ses créations s’en ressentent, qui éloignent un certain public, malgré des albums d’une grande qualité poétique et musicale. Mais Chédid donne alors l’image d’un mélancolique vieillissant et mal dans sa peau, image que le succès de son fils Mathieu, sous le pseudo de M, vient malgré eux confirmer. En effet, M joue dans un tout autre registre et développe dès 1997 un rock baroque et coloré (Machistador, Le complexe du Corn-Flakes,…), aux antipodes, en apparence, de la sagesse mélancolique et à fleur de peau de son père. Enfin, Chédid père sort en 2001 l’album de la renaissance, Bouc-bel-air, du nom du village provençal où il aime se retirer. Plus optimiste, plus gai, sans pour autant abandonner l’ironie réaliste de ses textes, cet opus relance la carrière et le moral du chanteur. A
55 ans, Louis Chédid suit son parcours avec une régularité
et une fidélité que beaucoup lui envient. Auteur plein de
poésie et de réalisme mordant, il sème au fil des
décennies, de petits bijoux de sagesse et de musicalité
(T’as beau pas être beau, Hold-Up, Anne ma sœur Anne,
Egomane, …) Apprécié, repris, honoré (ses titres
figurent dans des dizaines de compilations, Les Enfoirés reprennent
sur scène T’as beau pas être beau,…) , mais jamais
imité, Chédid revient sur le devant de la scène en
ce début de millénaire et s’offre une seconde jeunesse. |